Les attentats et les supposés ratés des forces de sécurité ont crispé les relations entre la police et la gendarmerie.
C’est une rivalité légendaire, que l’on croyait éteinte. Emaillant certains faits divers, ou mise en scène dans les polars, la “guerre” entre la police et la gendarmerie a été ravivée par les attentats du 13 novembre. Sa manifestation la plus visible : la vive réaction du ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve.
“Il y a deux forces” de l’ordre et “UN ministre” de l’Intérieur, avait tonné, le 25 janvier, M. Cazeneuve inaugurant une série de voeux de syndicats de police. “C’est moi qui décide quand il s’agit de la sécurité des Français”, a-t-il ajouté, “que les choses soient bien comprises ainsi”.
Un colère peu coutumière de l’homme, mais qui marque la volonté du ministre de siffler la fin d’un énième épisode de la guerre police/gendarmerie, selon les spécialistes des questions de sécurité.
Cet épisode s’est joué en plusieurs actes de façon plus feutrée que de coutume après les attentats parisiens, les plus sanglants jamais commis en France avec 130 morts.
Les critiques, diffusées sous le manteau ou plutôt l’uniforme, visent notamment l’assaut mené le 18 novembre avant l’aube par le Raid contre un appartement de Saint-Denis, où était notamment retranché Abdelhamid Abaaoud, un des organisateurs des tueries. “Précipitation” et “failles” sont pointées. Le Raid évoque d’abord une fusillade nourrie avec 5.000 coups de feu; 1.500 en réalité, dont très peu tirés par les jihadistes.
Le GIGN, bien que “positionné” le soir des attentats selon les gendarmes -ce que conteste, “preuves à l’appui”, la police-, n’est pas intervenu. Selon des sources policières, “il ne manque pas de le faire savoir”, ce que conteste la maison d’en face.
Le 1er janvier une intersyndicale Unsa-police/SCPN, le syndicat majoritaire chez les commissaires, adresse un courrier à M. Cazeneuve. Il critique les “manoeuvres de déstabilisation” et “aspirations expansionnistes” de la gendarmerie et de son directeur, non nommé précisément, le charismatique général Denis Favier, proche de Manuel Valls. Qu’elle “recentre”, raillent les syndicats, “son dispositif” sur sa zone de compétence, des “territoires délaissés”. Et laisse tranquilles les 150.000 policiers qui font “l’écrasante majorité des efforts” de sécurité.
Le courrier devait rester secret, mais il est rendu public le 15 janvier par une association professionnelle de gendarmes, Gend XXI, puis par l’Union nationale du personnel en retraite de la gendarmerie. cette dernière écrit: “La connerie ne se commente pas.”
Le même jour: le directeur de la police nationale, Jean-Marc Falcone, lors des voeux à ses troupes en présence du ministre, souligne, sans référence à la polémique, que la “police traite plus de 70% de la délinquance” en France.
Bernard Cazeneuve, dont le ministère a la responsabilité des deux forces depuis 2009, tente de se poser en médiateur: les Français, dit-il, “attendent de nous une unité” et “qu’on les protège”, saluant le “même courage, la même fierté” des deux frères ennemis.
Fin du psychodrame? Il y a une semaine, le général Favier, dans son blog interne, écrit que “dans une période” réclamant “sérénité et réflexion (…
certains tentent de nous faire vaciller en nous critiquant, en distillant des informations fausses”. “Fait-on peur à ce point?”, interroge-t-il. Notre “seule volonté” est “de déployer toutes (nos) compétences pour assurer la sécurité de notre pays et (…
occuper (notre) place, rien que sa place, mais toute sa place”.
“Au regard du niveau de menace, il n’y a pas de place pour des chicayas corporatistes”, insiste par ailleurs le général Favier dans un entretien au Parisien de jeudi.