Pénurie de cheminots oblige, la compagnie ferroviaire va supprimer certains trains dans les régions Nord-Pas-de-Calais-Picardie et Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes. Les usagers et les élus locaux s’indignent.
La SNCF assure qu’il s’agit de décisions provisoires et que seuls des trains roulant en heures creuses seront supprimés. Dans le nord de la France, ce plan s’étalera du 29 février au 16 avril en Picardie, et du 7 mars au 16 avril dans le Nord-Pas-de-Calais. Certains trains seront remplacés par des bus, mais pas de manière systématique. La compagnie évoque un “plan de transport adapté”. Elle assure que, dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie, ce plan concerne “moins de 0,5%” des usagers et que seuls “30 trains en moyenne par jour sur 1.250 trains” sont concernés. “Cela concerne des trains très peu fréquentés que nous avons choisis en période creuse et surtout pas des trains domicile-travail”, explique Céline Czernak, responsable des relations presse chez SNCF Mobilités pour la région, ce lundi 22 février à l’AFP.
Dans le Sud-Ouest, cela durera plus longtemps : des trains sont supprimés depuis le 8 février et jusqu’au 2 juillet prochain, selon France Bleu Gironde. “7 des 15 lignes TER sont impactées, dont les plus fréquentées : Bordeaux-Langon, Bordeaux-Arcachon, Bordeaux-Le Verdon ou encore Bordeaux-Sarlat. Au total ce sont 23 trains par jour en semaine qui sont supprimés. Il manque une vingtaine de conducteurs en Aquitaine”, précise la radio. Dans la région, cela engendre la suppression de 5,6% du trafic TER.
Difficile de recruter
En cause : un problème de recrutement et de formation des conducteurs – celle-ci durant 18 mois. “Pour avoir un candidat qui arrive au bout de sa formation, il nous faut 200 dossiers de candidatures”, explique Céline Czernak. Ainsi, la moitié des candidats abandonneraient leur formation lorsqu’ils prennent connaissance des conditions de travail (horaires décalés, etc.). “Les recrutements de conducteurs sont difficiles, confirme Magali Euverte, directrice opérationnelle des TER en Aquitaine. La formation dure 18 mois. L’an passé, sur 800 candidats, nous avons recruté 50 conducteurs. 41 sont encore en cours de formation.”
Par ailleurs, le taux d’échec aux tests médicaux augmente, selon Céline Czernak, du fait de la détection plus importante de consommation de psychotropes ou de cannabis. Enfin, le taux d’échec à la formation elle-même augmente aussi, notamment parce qu’elle requiert une bonne partie d’apprentissage par coeur. À cela s’ajoutent les arrêts maladie, la nécessité de solder ses congés de l’année précédente avant le 31 mars, ou encore la difficulté à anticiper les départs à la retraite.
Les régions menacent la SNCF de représailles financières
Des explications qui ne convainquent pas les élus locaux. Pour Gérald Darmanin, député du Nord (Les Républicains) et conseiller régional, “ce manque est semble-t-il dû à un recrutement insuffisant et à une mauvaise organisation du planning de congés des agents de la SNCF. Il est inadmissible que les usagers du TER payent le prix de la mauvaise gestion par la SNCF de ses ressources humaines”, dénonce-t-il dans un communiqué. L’élu demande à la SNCF de “prendre ses responsabilités”. “Si ces suppressions temporaires de trains sont confirmées, la région réclamera des indemnités à la SNCF et le président demandera en urgence une réunion sur cette situation inacceptable à Guillaume Pepy, président de la SNCF”, avertit-il.
Même son de cloche en Aquitaine. “J’imagine que la SNCF aurait pu prévoir les départs à la retraite de ses conducteurs. Si la SNCF baisse le niveau de transport, la région elle aussi baissera sa contribution financière”, indique Renaud Lagrave, vice-président régional en charge des transports.
Du côté des usagers, l’incompréhension règne. “La SNCF n’a pas prévu ce qu’il fallait en matière de ressources humaines, alors que cela fait des mois que cela lui a été signalé”, regrette Gilles Laurent, vice-président de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (Fnaut). “C’est la première année que c’est aussi flagrant, on a des TER supprimés pour au minimum 3 mois”, souligne pour sa part Christian Broucaret, représentant de la Fnaut pour la région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes. “Ce qui est nouveau c’est qu’il commence à y avoir une baisse de fréquentation des TER. En Aquitaine, elle était de plus de 2% l’an dernier parce que les usagers se tournent vers le covoiturage”, constate-t-il.