Les “localistes” veulent protéger l’identité de Hong Kong face aux appetits de Pékin.
Ils sont “prêts à la guerre”. Alors que l’échec du mouvement pacifiste de la “révolte des parapluies” est acté, une nouvelle mouvance bien plus radicale prône la violence pour défendre le mode de vie de l’ex-colonie britannique face à Pékin.
A l’automne 2014, la “révolte des parapluies” avait mobilisé -sans succès- des dizaines de milliers de militants prodémocratie dans les rues de Hong Kong. Pékin n’avait pas cillé une seule seconde face à leurs revendications et à leurs craintes. Aujourd’hui, ce mouvement essentiellement pacifiste a laissé la place à la mouvance “localiste”, bien plus radicale, et “prête à la guerre”.
Le territoire semi-autonome retourné dans le giron de Pékin en 1997 est encore sous le choc des violentes émeutes survenues au Nouvel an chinois, le 9 février. Une manifestation de soutien à des marchands de cuisine de rue que les autorités voulaient faire déguerpir a dégénéré en violents affrontements, les pires depuis des décennies. Environ 130 personnes avaient été blessées, dont près de 90 policiers.
Aux avant-postes, des jeunes de cette mouvance dite “localiste”. Leur mot d’ordre -protéger l’identité de Hong Kong face à l’influence de la Chine- n’est pas nouveau. Mais les localistes vont plus loin, ils revendiquent l’autonomie, voire l’indépendance, et se disent prêts “à la guerre” pour atteindre leurs objectifs. Ils ont tourné le dos à la philosophie essentiellement pacifiste des manifestants de 2014 et estiment que seule l’action radicale fera bouger les lignes.
“Si nous voulons atteindre notre but, nous devons utiliser tous les moyens nécessaires”, dit à l’AFP Edward Leung, chef des Indigènes de Hong Kong, groupe né en 2015. “Une guerre, ou une bataille, sont inévitables”.
– Le rève d’une “nation hongkongaise” –
Pékin a réagi avec colère aux violences du Nouvel an, qui s’étaient produites à Mongkok, dans la partie continentale de Hong Kong, disant qu’elles étaient le fait de “séparatistes radicaux”. Label qui n’émeut pas Edward Leung, étudiant en philosophie de 24 ans. “Notre but ultime, c’est de construire une nation hongkongaise”.
Le mouvement “localiste” est une nébuleuse de petits groupes qui trouvent leurs soutiens principalement sur internet et dont nombre de membres veulent rester anonymes. Des groupes plus anciens, qui militaient traditionnellement pour préserver l’âme de Hong Kong, s’alignent désormais derrière la bannière “localiste”.
Wong Yeung-tat, vétéran du militantisme social et fondateur de Passion civique, en 2012, pense que les émeutes de Mongkok constituent un point de non retour. “Beaucoup de militants pensent qu’il est temps de se défendre. Peut-être devons-nous nous résoudre à faire la révolution”.
Edward Leung, arrêté lors des affrontements, est poursuivi par la justice aux côtés d’une trentaine d’autres manifestants qui risquent jusqu’à 10 ans de prison.
Les localistes tentent aussi des voies plus classiques. Edward Leung est candidat à une législative partielle fin février, bien qu’il n’ait guère de chances de l’emporter.
– Pékin veut un durcissement des autorités de Hong Kong –
L’intransigeance des gouvernements de Hong Kong et de Pékin pourrait alimenter ce mouvement encore balbutiant. “Le localisme a une influence croissante parmi les jeunes mais pas au point de bouleverser le système”, estime Chung Kim-wah, professeur de sciences sociales à l’Université polytechnique de Hong Kong. Cependant, les autorités pourraient souffler sur les braises, en particulier si elles font usage de la force, prévient-il.
Les autorités locales ont la tâche délicate de complaire à Pékin tout en maintenant la paix sociale. “Du point de vue de Pékin, il est inacceptable d’avoir même une petite minorité de localistes radicaux”, commente Sonny Lo, de l’Institut pour l’éducation de Hong Kong. “Pékin souhaite que le gouvernement de Hong Kong soit plus dur”.
En vertu de l’accord sur la rétrocession, Hong Kong doit conserver ses libertés pendant 50 ans mais de plus en plus d’habitants ont le sentiment qu’elles sont attaquées. La disparition de cinq employés d’une maison d’édition connue pour ses livres hostiles à Pékin n’a fait qu’ajouter aux craintes. La Chine a confirmé que quatre d’entre eux faisaient l’objet d’enquêtes criminelles sur le continent.
Dans ce climat de tensions, certains appellent au calme.
“On peut user de violence pour défendre Hong Kong”, dit Chan Yat-ho, un vendeur de 24 ans. “Mais la violence peut-elle vraiment faire avancer les choses?” “Les Hongkongais ont toujours voulu vivre en paix”, ajoute Chan, un retraité de 76 ans. “Même si le gouvernement agit mal, il ne faut pas faire ce genre de choses”.
Des localistes ne voient pas d’autre solution.
“Le Parti communiste chinois est un groupe terroriste”, dit l’un d’eux à l’AFP sous couvert de l’anonymat. “Quoi qu’on fasse pour résister à leur occupation de Hong Kong, cela ne devrait pas être qualifié de violent”.