Le FN, qui s’est fait plutôt discret depuis les élections régionales de décembre, se réunit ce week-end, dans l’Essonne, pour évoquer la présidentielle, alors qu’un sondage sème le doute sur la popularité du parti.
Le parti de Marine Le Pen se réunit, de ce vendredi 5 février judqu’à dimanche, pour un séminaire à Étiolles (Essonne), en forme de remue-méninges généralisé. Ce rendez-vous doit marquer une première étape vers la présidentielle. Il devrait surtout être question de communication, et pas d’une véritable remise en cause du programme. Le ban et une partie de l’arrière ban frontistes sont convoqués par Marine Le Pen pour réfléchir, à huis clos, à la stratégie à tenir pour dépasser en 2017 les 50%, après une année 2015 (départementales, européennes) aussi riche de hauts scores que maigre en succès effectifs.
Et ce séminaire débute alors qu’un sondage révèle que le FN peine à briser le “plafond de verre”. Selon une enquête TNS Sofres pour France Info, le Monde et Canal + publiée ce vendredi, malgré des scores élevés aux élections, la défiance vis-à-vis du parti progresse. 56% des sondés considèrent qu’il représente “un danger pour la démocratie en France”. Un chiffre en hausse de deux points par rapport à 2015 et de neuf points par rapport à 2013. Quant à Marine Le Pen, son image personnelle se dégrade. 49% des sondés la jugent “capable de rassembler au-delà de son camp”, une baisse de sept points par rapport à 2015.
Le flou entoure ce séminaire : le lieu n’a été confirmé que du bout des lèvres mardi par Florian Philippot sur Public Sénat, et l’ordre du jour est inconnu. Entre 50 et 100 personnes sont annoncées. Des membres du bureau politique, des parlementaires, mais aussi certains maires, cadres du parti ou proches de Marine Le Pen (comme Philippe Péninque, avocat et ex-mebre du GUD), ainsi que des compagnons de route (le maire de Béziers Robert Ménard, le patron du petit parti Siel Karim Ouchikh), etc.
Interrogée par le Point ce vendredi sur les objectifs de ce séminaire, Marion Maréchal-Le Pen explique qu’elle “en attend un bilan d’étape avant la présidentielle. Manifestement, vu le barrage subi au deuxième tour, le Front national déclenche encore des peurs infondées auprès d’une partie des électeurs. À nous de décortiquer ces peurs et de les surmonter en ajustant notre discours”, explique la députée du Vaucluse.
– Pas de volte-face sur la sortie de l’euro –
Mais de l’avis général, aucun “grand soir” programmatique n’est à attendre, pour le bonheur de certains et le malheur d’autres. En économie notamment, le “changement important” souhaité par le compagnon de Marine Le Pen, Louis Aliot, pourtant favorable à une sortie de l’euro, ne devrait pas avoir lieu.
Sur ce point, Florian Philippot a exclu mercredi “l’hypothèse” de retirer “la sortie de l’euro” du programme du parti. Le vice-président du Front national était interrogé, sur iTélé, sur son souhait de rester au parti s’il était “décidé que la sortie de l’euro n’est pas dans le programme”. Il a répondu catégoriquement : “Non seulement je ne reste pas, mais personne ne reste au Front national”. “Et le Front national n’est plus le Front national, donc cette hypothèse est exclue”, a-t-il estimé. Marine Le Pen, future candidate à la présidentielle, “défendra en 2017″ la fin de la monnaie unique, a encore assuré Florian mercredi dans L’Opinion. Il souligne que, sur ce sujet, “il n’y a pas de débat sur le fond (au FN) mais une réflexion sur les meilleurs arguments”.
Le nouveau numéro 4 du parti, Jean-Lin Lacapelle, avait laissé entendre, mi-janvier, que le FN pourrait garder un euro réformé s’il arrivait au pouvoir. Marion Maréchal-Le Pen est, elle aussi, mesurée sur ce sujet. “Sur l’euro, on ne va pas tout casser du jour au lendemain. L’euro n’est pas l’alpha et l’oméga de nos problèmes et sa suppression n’est pas non plus l’alpha et l’oméga de nos solutions”, explique-t-elle au Point.
– Débat sur le changement de nom –
Ce week-end, le FN devrait surtout travailler sur la communication : parler davantage des entreprises, des patrons et PME “étranglés et asphyxiés” par les “charges” et les normes, et un peu moins de cette sortie de l’euro “anxiogène” – notamment chez les plus de 65 ans, qui, aux régionales ont voté deux fois plus pour les Républicains que pour le FN.
La forme devrait donc monopoliser les débats : changement symbolique de nom du FN, modalités du traditionnel défilé du 1er mai (“il y a moins de monde qui vient qu’avant”, justifie Wallerand de Saint Just, conseiller régional d’Île-de-France), alliances à droite, communication sur l’économie… “Je pense que ça sera assez consensuel”, reconnaît un dirigeant, qui en espère tout de même “quelques décisions concrètes”.
Le changement de nom, proposé par Gilbert Collard – qui souhaite renonmmer le parti “Front national républicain” – oppose une partie de la nouvelle garde du parti aux soutiens de Jean-Marie Le Pen. Le député européen Bruno Gollnisch ne s’y dit “pas favorable”. “Je n’éprouve pas le besoin de rajouter républicain”, a-t-il indiqué ce vendredi sur France Info. “Je dois dire très sincèrement que, quand on me parle de la courtoisie ou des valeurs républicaines, ou de ceci, et que je vois des gens qui s’annexent la République, personnellement ça me fait fuir alors que je crois ne pas être moins républicain que ces gens-là”, a lancé ce membre du bureau politique du FN, rival malheureux de Marine Le Pen pour la tête du parti en 2011.
Lors de ce séminaire, imaginé dans un “moment semi-dépressif post-régionales”, “des problèmes se posent sur lesquels le ‘Front’ n’a pas envie de répondre”, s’inquiète par avance un soutien de Marion Maréchal-Le Pen, évoquant notamment la sortie de l’euro et le message à adresser aux électeurs de droite, principale “marge de manoeuvre” électorale. Cette source attend toutefois “des inflexions du point de vue économique ou fiscal”.
– Marine Le Pen au 20 heures de TF1 lundi –
Marine Le Pen en tirera les enseignements au journal de 20 heures de TF1 lundi, sa première interview à la télévision depuis le début de l’année.
D’ores et déjà, Marion Maréchal-Le Pen, érigée par beaucoup en chef de file pour contre-balancer l’influence de Florian Philippot, va plancher avec d’autres parlementaires sur une réforme de la Constitution. Mais, pour espérer la mettre en oeuvre depuis l’Élysée, le parti va devoir rassurer la majorité de Français qu’il effarouche. Pour ce faire, il se présente depuis début janvier comme le parti de la paix et de la concorde, affiches “La France apaisée” à l’appui.
Un eurodéputé de poids s’étonne de voir Florian Philippot décrypter sur les plateaux télé ce nouveau mot d’ordre : “Communiquer sur notre stratégie, ça peut donner aux électeurs le sentiment qu’on les manipule.” “On se réunit, on ne dit pas le lieu, on ne dit pas ce qu’on va faire, oui ‘le parti a changé’, déjà”, ironise, las, le soutien de la députée du Vaucluse.