Annoncé depuis des semaines, accéléré par le départ de Laurent Fabius, le remaniement du gouvernement était attendu jeudi d’ici à 20H00 au plus tard, lorsque le chef de l’Etat sera en direct dans les JT de TF1 et France 2.
François Hollande et Manuel Valls ont déjeuné ensemble à l’Elysée tandis que deux entretiens du chef de l’Etat prévus dans l’après-midi avec la Confédération paysanne et le ministre de la Justice Jean-Jacques Urvoas ont été reportés.
L’annonce de la nouvelle équipe gouvernementale, qui pourrait intervenir “en milieu d’après-midi”, se fera “vraisemblablement par un communiqué” et non par une déclaration solennelle sur le perron de l’Elysée, selon des sources proches de l’exécutif.
De la même manière, ce remaniement ne s’accompagnera pas, précise-t-on de mêmes sources, de la présentation par Manuel Valls de la démission de son gouvernement. Il ne devrait pas y avoir non plus de réunion exceptionnelle du Conseil des ministres vendredi.
Le départ du ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius pour la présidence du Conseil constitutionnel, acté dès mercredi, a donné le coup d’envoi de ce qui pourrait bien être la dernière évolution majeure de l’équipe gouvernementale avant la présidentielle de 2017.
Mais le mouvement avait été déjà amorcé fin janvier avec la démission de Christiane Taubira, remplacée à la tête du ministère de la Justice par le “vallsiste” Jean-Jacques Urvoas.
Depuis, les rumeurs battent leur plein. Laurent Fabius s’en est lui-même amusé, relevant la pléthore de “candidats à (sa) succession”. Les noms de Jean-Marc Ayrault, Ségolène Royal, Elisabeth Guigou ou du jeune secrétaire d’Etat Matthias Fekl ont été avancés parmi d’autres dans la presse, mais cela devrait, semble-t-il, se jouer entre les deux premiers.
Sur le fond cependant, relève un proche du chef de l’Etat, ce dernier doit “à tout prix élargir sa base politique” dans la perspective de 2017.
“Avec les deux tiers des socialistes et trois radicaux de gauche au gouvernement, il manque le reste de la famille. Or, on ne peut pas aborder une présidentielle sans une famille socialiste rassemblée derrière son candidat et sans les écologistes”, analyse cet intime.
François Hollande l’a toujours dit depuis que les Verts ont claqué la porte du gouvernement en mars 2014, lors de l’entrée de Manuel Valls à Matignon: cette porte reste ouverte. La ministre de la Santé Marisol Touraine a confié jeudi qu’elle serait “très heureuse” de voir les écologistes rentrer au bercail.
Quels Verts ? Depuis le refus de Nicolas Hulot, plusieurs hypothèses circulent, dont celles de Barbara Pompili, François de Rugy ou Jean-Vincent Placé, qui ont quitté cet été Europe Ecologie-Les Verts (EELV).
– ‘Le meilleur joueur à chaque poste’ –
Mais l’arrivée d’un “rose-vert” semble conditionnée à l’entrée simultanée de la secrétaire nationale du parti, Emmanuelle Cosse, très convoitée.
Las, les porte-parole d’EELV sont sur une toute autre ligne dans un parti au bord de la crise de nerfs. Les conditions pour un retour des Verts au gouvernement ne sont pas “réunies”, ont-ils estimé mercredi soir, assurant en outre que le parti n’avait pas été “contacté”.
Du côté des radicaux de gauche, un portefeuille pourrait être attribué à l’impatient patron du parti Jean-Michel Baylet afin de compenser le départ de la ministre PRG du Logement Sylvia Pinel pour la vice-présidence de la région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées.
Selon un autre proche du chef de l’Etat, “la cohérence, la compétence et l’expérience” joueront également un rôle majeur pour décider du casting de la nouvelle équipe avec un objectif : “Avoir le meilleur joueur à chaque poste”.
Ce qui plaiderait plutôt en faveur du maintien de Jean-Yves Le Drian à la Défense même si cette fonction, conjuguée à celle de président de la région Bretagne, représente une entorse à la charte déontologique signée par les membres du gouvernement.
Dans l’équation entre également la parité, mise à mal par le départ de Christiane Taubira.
Quoi qu’il en soit, l’exécutif a fort à faire s’il entend profiter de ce remaniement pour redorer son blason à quinze mois de la fin du quinquennat.
La cote de popularité du chef de l’Etat s’est effondrée ces dernières semaines après une remontée spectaculaire au lendemain des attentats du 13 novembre. Et la majorité a étalé au grand jour ses divisions lors de la discussion de la révision constitutionnelle à l’Assemblée.