Invité du “7/9″ de France Inter, le chef de l’Etat a répondu pendant deux heures aux questions des journalistes puis des auditeurs. D’après un proche du président, il voulait assumer une “volonté de prendre la main, d’occuper le terrain médiatique et de ‘faire’ l’agenda”.
Emploi :
“Oui”. François Hollande a dit d’entrée assumer la responsabilité de l’échec de la baisse du chômage. “Il y a une responsabilité, celle que j’assume. Je ferai dans ce quinquennat tout ce que je pourrai” pour obtenir le but fixé, à savoir une inversion de la courbe.
Croissance
“Je ferai tout pour que la croissance soit supérieure à 1% en 2015″, soit la prévision officielle du gouvernement pour l’année en cours. “Si nous avons de la la croissance, nous aurons moins de chômage”.
Loi Macron
C’est une “loi de liberté et de progrès mais ce n’est pas la loi du siècle. Elle apportera plus d’activité et donc plus d’emploi. Par exemple, les magasins pourront ouvrir jusqu’à 12 dimanches avec des salariés volontaires et davantage payés. Les entreprises embauchent seulement en CDD ou via l’intérim parce que c’est compliqué de licencier donc les règles seront assouplies en cas de difficulté financière de l’employeur. Mais la loi fera aussi en sorte que les jeunes et les seniors ne soient plus les premiers à être sacrifiés”.
Fiscalité
“Les ménages modestes paieront moins d’impôts en 2015. Cela concerne neuf millions de foyers”. François Hollande a répété son “engagement (…
de ne pas créer de nouveaux impôts à partir de 2015″, prévenant qu’une baisse de la fiscalité n’était pas pour tout de suite.
Réformes
“Si j’ai fait les bons choix, nous le verrons à la fin du quinquennat. Sont-ils de gauche ? Oui, ils sont justes, ne remettent pas en cause les valeurs républicaines et notre modèle social”.
Compte pénibilité
Sa mise en oeuvre, jugée par les patrons comme une “usine à gaz”, “sera simple”. “Je m’y engage”, assure le président. “C’est quand même pas dur de savoir qui travaille la nuit, qui travaille le dimanche…”
Ecologie
“Ma priorité pour 2015″, a confirmé François Hollande. Il s’engage, dans le cadre du “plafonnement” de l’énergie nucléaire, à fermer la centrale de Fessenheim, sans toutefois donner de calendrier précis. Quant à Notre-Dame-des-Landes, le président assure que le projet d’aéroport n’est pas contraire au respect de l’environnement. “Tant que les recours ne sont pas épuisés, le projet ne sera pas lancé.”
Valeurs
“Oui, la France traverse une crise identitaire depuis longtemps, et elle est grave”. “Oui, la France va rester une grande nation”. “Ce n’est pas un combat ordinaire, c’est un combat essentiel”. Quant aux menaces, “il faut être lucide. Il y en a. Je ferai en sorte que face aux menace nous soyons fermes, avec nos valeurs”.
2017
“Pour l’instant, je ne me préoccupe pas de l’élection présidentielle à venir. Je m’en préoccuperai quand elle arrivera”.
Europe
“Les Grecs sont libres de décider souverainement de leurs gouvernants et c’est à la Grèce seule de décider seule si elle reste dans la zone euro”. “J’ai une relation de sincérité et de franchise avec Angela Merkel. Elle attend que la France soit compétitive et nous, nous attendons que l’Allemagne relance la croissance. Nous devons trouver une convergence. Je la rencontre encore pour cela dimanche”.
Migration
“Nous devons surveiller les frontières extérieures et avoir une politique d’asile”.
Ukraine
“Vladimir Poutine ne veut pas annexer l’est du pays. Il me l’a dit. Mais il veut rester influent, il ne veut pas que Kiev bascule dans le camp de l’OTAN. Nous, nous voulons qu’il respecte l’intégrité territoriale de l’Ukraine, qu’il ne soutienne plus les indépendantistes, qu’il ait des relations économiques avec son voisin”. Le président se rendra à la réunion internationale sur l’Ukraine à Astana le 15 janvier, où il exigera “des progrès” pour mettre “fin aux sanctions” car il n’est pas “pour la politique du pire”.
Proche-Orient
En Syrie, la France doit aujourd’hui “soutenir l’opposition”. Il “continue à regretter” ne pas être intervenu en août 2013. En Libye, “la France n’interviendra pas. C’est à la communauté internationale de prendre ses responsabilités”.
Fin de vie
François Hollande a répondu sur ce sujet à une auditrice de France Inter. “Nous ne pouvons pas en rester à la loi Léonetti”. Il est favorable à “deux avancées majeures : que la volonté des malades puisse être respectée et que le malade, s’il n’a pas émis sa volonté de mourir de manière anticipée, puisse être plongé dans un sommeil profond et de l’accompagner jusqu’à la mort”.
Taxe Tobin
“J’ai demandé au ministre des Finances Michel Sapin, dès le mois de janvier, de réunir les ministres des Finances des onze pays concernés pour mettre en place pour 2016, au plus tard en 2017, cette taxe sur les transactions financières en Europe dans les onze pays”. “Je suis favorable à la prise en compte de tous les aspects de la finance à un taux faible et que l’argent soit mis au service du Fonds vert pour le climat afin d’aider les pays pauvres à lutter contre le réchauffement climatique”.
Climat
C’est un “bel enjeu” pour la France d’organiser la conférence sur le climat à la fin de l’année. Ce sera un succès si “un accord contraignant” pour tous les pays est obtenu, si “100 milliards d’euros” abreuvent le Fonds vert et si “des financements innovants, des nouvelles contributions sont trouvés comme le prix du carbone”.
Jeunesse
C’est “un atout de croissance et de renouvellement”. Manuel Valls devra mettre en oeuvre la “garantie jeune qui consiste à accompagner, former et qualifier 50 000 jeunes les plus éloignés de l’emploi pour qu’il bénéficie d’un stage et si possible d’un emploi”.
Légion d’honneur
Le président de la République a pris acte du refus de l’économiste Thomas Piketty de recevoir la Légion d’honneur. “Il ne l’a pas voulue, c’est son choix”. “Mais moi je pense à la fierté de ceux qui reçoivent cette distinction et qui vont la garder”, a-t-il ajouté, évoquant en particulier une infirmière française de Médecins sans frontières contaminée par Ebola et désormais guérie.
Tiers-payant
En clôture, François Hollande a dit comprendre les inquiétudes des médecins au sujet de la généralisation du tiers-payant, l’un des motifs du mouvement de grève en cours dans la profession, et concédé qu’il faudrait être “plus simples”, “plus efficaces” dans le traitement des demandes de remboursement. “C’est toujours la même chose, il ne faut pas que ce soit compliqué et il ne faut pas qu’on soit remboursé à la Saint-Glinglin. Ils ont parfaitement raison les médecins”.
Après cette matinale à la radio, le chef de l’Etat enchaîne avec un Conseil des ministres avancé et qui rassemble le gouvernement au grand complet. Puis il présentera ses voeux au gouvernement, l’occasion de tracer la feuille de route pour l’année à venir.
Toujours historiquement basse, sa cote de confiance a connu un léger rebond en décembre, un “frémissement”, dit-on à l’Elysée, où l’on précise que l’objectif est désormais de “convaincre” et “d’entraîner” les Français.