Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s’est entretenu lundi à Rome pendant près de trois heures avec le secrétaire d’Etat américain John Kerry, après avoir sèchement rejeté tout ultimatum palestinien devant les Nations unies.
“Nous n’accepterons pas les tentatives visant à nous imposer des mesures unilatérales dans un délai déterminé, alors que l’islamisme radical se propage dans le monde entier”, avait déclaré le Premier ministre israélien dans la matinée, avant de s’envoler vers la capitale italienne.
Les Palestiniens ont annoncé dimanche soir leur intention de déposer dès mercredi, via la Jordanie, un projet de résolution devant les Nations unies réclamant la fin de l’occupation israélienne dans un délai de deux ans.
La France a de son côté lancé depuis plusieurs semaines des consultations avec Londres et Berlin, puis avec Washington et Amman, pour mettre au point un texte de consensus qui obtiendrait le soutien des 15 membres du Conseil de sécurité.
Ce texte appellerait à la reprise rapide des négociations israélo-palestiniennes, gelées depuis le printemps, sur la base d’une série de grands principes comme la coexistence pacifique d’Israël et d’un Etat palestinien, mais sans fixer de délai pour le retrait des territoires occupés.
“Dans le contexte d’absence de processus de paix qui nourrit les tensions sur le terrain, il est impératif d’avancer rapidement sur un projet de résolution au Conseil de sécurité des Nations unies”, a affirmé lundi le porte-parole du Quai d’Orsay. Paris cherche aussi à ne pas laisser Washington gérer seul ce dossier, selon des sources diplomatiques.
Les Américains se sont montrés jusqu’à présent plutôt circonspects face à cette initiative française.
Les Etats-Unis n’ont pas encoré décidé s’ils devaient soutenir ou mettre leur veto à ce projet de texte soutenu par Paris, ont indiqué des responsables américains aux journalistes accompagnant John Kerry.
– Veto inévitable –
Selon des sources diplomatiques, Paris essaie de rallier les Palestiniens à un compromis, mais ceux-ci semblent partagés entre ceux qui veulent aller vite, quitte à essuyer un veto américain, et d’autres qui se veulent plus constructifs.
Le veto américain sur le projet défendu par les Palestiniens semble en effet inévitable dans la mesure où Washington s’oppose à toute mesure unilatérale de la part des Palestiniens visant à obtenir de l’ONU la reconnaissance d’un Etat. Les Etats-Unis jugent qu’il doit être l’aboutissement de négociations de paix.
“Ce n’est pas la façon dont, je pense, il nous faut appréhender une négociation très compliquée, en imposant une échéance de deux ans”, a commenté à ce propos un responsable du Département d’Etat.
M. Netanyahu avait déjà catégoriquement rejeté dimanche l’idée d’un retrait de Cisjordanie et de Jérusalem-Est d’ici à deux ans.
“Nous sommes confrontés à la possibilité d’une attaque diplomatique, autrement dit d’une tentative de nous imposer par des décisions de l’ONU un retrait aux lignes (frontières) de 1967 dans un délai de deux ans”, a-t-il affirmé.
Un tel retour “amènerait les islamistes extrémistes dans les banlieues de Tel-Aviv et au cœur de Jérusalem”, a-t-il estimé. “Nous ne le permettrons pas. Nous le rejetterons fermement et de façon responsable.”
L’annonce des Palestiniens est tombée dans la soirée via une déclaration de Wassel Abou Youssef, un des dirigeants de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP): “La direction palestinienne a décidé d’aller devant le Conseil de sécurité mercredi pour qu’il vote le projet (demandant) la fin de l’occupation” israélienne.
Le secrétaire d’Etat américain multiplie actuellement les entretiens en Europe pour tenter de relancer le processus de paix israélo-palestinien. Il a ainsi abordé le sujet dimanche soir avec son homologue russe.
Avant sa rencontre avec M. Kerry, le Premier ministre israélien a également rencontré le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi.
M. Kerry devait ensuite se rendre à Paris quelques heures lundi en fin d’après-midi pour y retrouver les ministres français, allemand et britannique des Affaires étrangères, ainsi que la nouvelle chef de la diplomatie de l’Union européenne, Federica Mogherini.
Dans la soirée, M. Kerry doit s’envoler pour Londres, où il doit rencontrer mardi le négociateur en chef palestinien Saëb Erakat et le secrétaire général de la Ligue Arabe, Nabil El Arabi.